Cet article est mon témoignage. Je ne l’ai pas rédigé sans larmes et sans douleur profonde.

L’enfer de la bouffe, je l’ai connu pendant 15 longues années au moins. On l’appelle boulimie. Comme souvent, j’ai commencé à souffrir de ce trouble au moment difficile et compliqué de l’adolescence. J’ai cru que cet enfer ne cesserait jamais et que j’allais finir par en mourir tout simplement.

La boulimie échappe totalement à la volonté. Je savais pourtant depuis longtemps ce que c’était de manger bio et équilibré. Enfant, je piquais les livres de nutrition de ma mère, passionnée de la santé.

Anorexie et boulimie

Se détruire

J’ai mené mon corps à rude épreuve. C’est vrai. Certaines personnes ne peuvent pas comprendre ces choses-là. L’enfer d’une drogue. Se détruire, encore et toujours. Avoir l’impression d’être dans un tunnel sans fin… ni faim.

Heureusement, je n’étais pas totalement seule. Heureusement, j’ai pu confier maintes fois ma détresse à mes proches, à des psychologues professionnels aussi. Seulement, on ne me croyait pas toujours, et bien souvent, on ne s’imaginait pas du tout les excès douloureux que je pouvais faire chaque jour. Moi, si frêle, comment pouvais-je engloutir plusieurs kilos d’une nourriture quotidienne grasse, sucrée, très salée sans prendre un gramme et en si peu de temps ?

En janvier, je ne « dégustais » pas la galette. J’engloutissais, tel un monstre, en même pas une heure, trois galettes entières que je tentais parfois en vain de vomir après. J’avalais des gâteaux de pâtisserie à foison… Au moment de Noël, le petit ballotin de chocolats destiné à maman, je le bouffais en 5 minutes. J’étais égoïste, j’avais une maladie de riche, comme j’ai entendu. Oui, je voulais bouffer la terre entière. Aucune nourriture ne suffisait à me remplir. J’achetais des sacs d’1 kilos de biscuits discount que j’engouffrais en une journée. Chaque jour, dès que j’étais seule, je faisais la tournée des supermarchés, des boulangeries… et des toilettes.

Ma souffrance était immense et je devais la cacher aux gens. Je devais me montrer « normale » pour garder mon emploi, pour tenter d’être aimée, pour qu’on ne me traite pas de folle.

La détresse psychologique, je l’ai connu si longtemps. Je n’étais pas heureuse, je n’arrivais pas à profiter du moment présent, même si j’ai fait de belles rencontres. J’ai eu la chance d’avoir être désirée, d’avoir été aimée, et d’avoir été soutenue, même si cela ne suffisait pas à me guérir. Je n’oublierai jamais. Je regrette aujourd’hui de n’avoir pu profiter pleinement de ces rencontres fantastiques, mais je n’en étais pas capable à l’époque.

Tout s’arrête

Pourquoi cette vie folle a cessé ? Je ne sais pas vraiment. En 2011, je suis tombée enceinte accidentellement. Un énorme chamboulement pour moi qui étais tout le temps malade, qui ne savais pas m’occuper de moi-même. Je commençais (ou tentais plutôt… ) de faire le deuil de la maternité, par sentiment d’incapacité à m’occuper de moi-même, et encore plus d’un enfant. Mais en même temps, inconsciemment, je n’acceptais pas vraiment cette résolution faite.
Je ne savais pas si je devais le garder. Les crises étaient toujours là, mon corps n’en pouvait plus, j’étais épuisée. J’ai décidé de tenter l’aventure…
Au bout de 4 mois de grossesse environ, je me suis miraculeusement lassée des crises. Pendant ces 15 années, 1000 fois j’ai voulu cesser cette vie-là et je n’y arrivais pas. Sans aucune volonté, sans aucun effort, un beau jour, je n’ai plus eu besoin de la boulimie pour m’aider à vivre : j’ai arrêté tout ça naturellement. Paul, m’as-tu sauvé la vie ?

Naître ou Renaître

Aujourd’hui, je peux dire que j’aime la vie, si belle, mais parfois si sombre, si cruelle aussi. Et dire que j’ai voulu des tas de fois la quitter.

Evidemment, vu mon parcours, la nourriture a et aura toujours une place immense dans ma vie. Aujourd’hui, ce n’est pas pour rien si je suis passionnée de cuisine.

J’ai ressenti le besoin d’écrire ce témoignage ce matin (à 5 heures… ) après être tombée hier soir sur un ancien article parlant de Philippe Conticini et de son surpoids. L’histoire de ce grand pâtissier au destin formidable, et qui avait réussi à perdre 120 kilos à 33 ans, ne peut que me toucher en plein cœur.

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Photos © Nicolas Mathéus

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Dans les troubles alimentaires, il y a toujours du désamour, une mésestime de soi profonde. Une insécurité affective : on a besoin de graisse pour nous protéger, nous rassurer.

Mes parents m’aiment et me le montrent. Il n’y a aucun doute là-dessus. Pour des raisons plus ou moins connues, j’ai cependant toujours eu une énorme difficulté à me faire confiance, et à faire confiance aux autres finalement. J’ai toujours eu excessivement peur du regard que l’on porte sur moi, à chaque instant. Cette souffrance perpétuelle m’était devenue, à un moment critique de ma vie, totalement insupportable.

Je vous souhaite une très belle fin de semaine, portez-vous bien 😉

Misspat